En 1916, la prohibition s’abat sur la Norvège. Pour Thomas Bache-Gabrielsen, négociant installé à Cognac depuis quelques années, c’est un coup dur : son marché principal vient de se fermer du jour au lendemain. Sa solution ? Prendre les trois étoiles de son étiquette, les pivoter à 45 degrés pour en faire des croix, les peindre en rouge pour un air médicinal, et vendre son cognac en pharmacie. Cent dix ans plus tard, le Tre Kors (Trois Croix en norvégien) est encore le cognac le plus vendu en Norvège. Certains pays ont la mémoire longue.
Cette anecdote dit à peu près tout sur ce qu’est le cognac Bache-Gabrielsen : une maison qui regarde le cognac différemment parce que détenteur d’un double héritage, et qui fait de cet écart une force. On aime beaucoup ça.

@ Cognac Bache-Gabrielsen
Un Norvégien à Cognac : l’histoire d’une maison de l’entre-deux
Thomas Bache-Gabrielsen arrive à Cognac en 1902, au début de la vingtaine. Son père est importateur-marchand de vin en Norvège, il a la fibre du produit et les langues. C’est précisément ce qui attire les Scandinaves à Cognac à cette époque : les maisons françaises ont le savoir-faire de production, mais peinent à vendre à l’international. Les Scandinaves, eux, parlent couramment allemand et anglais. Une complémentarité évidente.
En 1905, Thomas s’associe avec un autre Norvégien, Peter Rustad, pour racheter la maison Dupuy, fondée en 1852 sans successeur. Ils conservent la marque Dupuy pour ses marchés existants et créent Bache-Gabrielsen pour conquérir la Scandinavie. Un an plus tard, Thomas épouse Odette Villard, une Charentaise. La maison est fondée pour durer.
Cent vingt ans et quatre générations plus tard, Bache-Gabrielsen reste indépendante et familiale. C’est rare. Dans un secteur où 90% des volumes sont absorbés par quatre grands groupes, tenir son cap sans jamais vendre relève presque de la résistance. Hervé Bache-Gabrielsen, CEO depuis 2009, et Jean-Philippe Bergier, maître de chais depuis 1989, incarnent cette durée : l’un apporte la vision et l’audace commerciale, l’autre la mémoire des eaux-de-vie. Sous leur vision commune, la maison est passée de 20 000 à plus de 100 000 caisses. Sans quitter son indépendance.

@ Cognac Bache-Gabrielsen
Le fil rouge : entre classique et ruptures assumées
La tension qui structure le cognac Bache-Gabrielsen n’est pas celle de la tradition contre la modernité. C’est celle d’une maison qui veut les deux en même temps, sur deux jambes distinctes, sans boiter.
La première jambe, c’est la gamme classique. Le VS Tre Kors est un cognac d’assemblage Fins Bois et Petite Champagne, minimum deux ans en chêne du Limousin. Jean-Philippe Bergier le résume avec cette fierté tranquille qu’ont les artisans qui savent : « On sent toutes les notes gourmandes sur une structure de bois frais remarquable. » Le VSOP est dit Triple Cask pour une bonne raison. Il vieillit d’abord en petite barrique pendant quatre à sept ans, passe en foudre pour l’assemblage, puis retourne en petite barrique pour oxygéner et s’assouplir. Ce troisième passage est rare dans l’appellation. Et ça se sent en bouche : une souplesse immédiate, presque veloutée. Quant au XO Fine Champagne, il joue sur le registre floral, cannelle, miel, iris, avec ce qu’on appelle en dégustation une boîte à cigares, cette note sèche et précise qui signe les grandes maturités. La finale est longue. Vraiment longue.
La deuxième jambe, c’est la gamme exploratrice. Et là, Bache-Gabrielsen prend des risques que peu de maisons de cognac osent prendre.

@ Cognac Bache-Gabrielsen
A la découverte de trois expressions
Le VS Tre Kors d’abord. Au-delà de son histoire de pharmacie norvégienne, c’est une démonstration : un assemblage jeune, accessible, que la maison a suffisamment travaillé pour qu’il soit immédiatement agréable en cocktail. La French Mule, ginger beer et citron vert, est l’accord maison. Ça fonctionne du premier verre. C’est la porte d’entrée.
Le XO Fine Champagne ensuite : l’expression qui incarne le mieux le savoir-faire historique. L’assemblage Grande et Petite Champagne tient ses promesses. Hervé Bache-Gabrielsen le sert avec une crème brûlée, ce qui n’est pas une fantaisie de commercial mais un accord qui a du sens. Jean-Philippe Bergier, lui, l’ajoute en cuillère dans un café terminé, depuis des décennies. On a testé. On ne regrette pas.
L’American Oak, enfin. C’est la rupture franche. Le Quercus alba, chêne blanc d’Amérique, est une bombe aromatique : noix de coco, crème pâtissière, thym. Problème technique : ses tanins quasi inexistants obligent les Américains à tout carboniser à l’intérieur de la barrique (la « chauffe crocodile »), ce qui donne des notes de fumée incompatibles avec l’élégance du cognac. La solution de Jean-Philippe Bergier : importer le bois brut des États-Unis, fabriquer les barriques à Cognac avec une chauffe douce et longue, pour ne garder que le côté gourmand sans les défauts. Quatre ans d’essais. Le résultat est un cognac dont le nez évoque presque le rhum, rond et solaire, taillé pour le cocktail ou pour la glace. Un ovni dans l’appellation. Un bon ovni.

@ Cognac Bache-Gabrielsen
Au-delà du cognac : une maison-laboratoire
Bache-Gabrielsen cognac, c’est aussi, de plus en plus, autre chose que du cognac. La maison produit depuis quelques années une gamme de single malts français sous la marque BGW (Bache-Gabrielsen Whisky) : un premier whisky élevé en ex-fûts American Oak puis affiné en fûts de Très Vieux Pineau des Charentes, un BGW Châtaignier au profil automnal, un BGW Tourbé (35 PPM, soit un niveau de fumée équivalent à un Islay classique) élevé en ex-fûts de cognac. Et un BGW Aquavit, qui boucle symboliquement la boucle scandinave.
Pour ce dernier, la maison fabrique elle-même une aquavit à Cognac, en ex-fûts de cognac, puis utilise ces fûts chargés d’aneth et d’herbes aromatiques pour finir le whisky. C’est l’héritage norvégien traduit en liquide. Cent vingt ans après l’arrivée de Thomas dans les rues de Cognac, c’est cette idée-là qui perdure.
Cette curiosité permanente a un espace physique : le Lab, une salle cachée dans les chais de vieillissement, où Jean-Philippe Bergier conduit des expérimentations dont certaines ne sortiront pas avant des années. C’est là que se fabrique le futur de la maison. On ne sait pas ce que c’est encore. Mais on a hâte.
En 2026, Bache-Gabrielsen a obtenu la certification B Corp, une démarche portée notamment par le «5» VSOP Bio : verre recyclé bleuté, bouchon sans colle, papier recyclé, sleeve végétal, et liquide biologique. Hervé Bache-Gabrielsen le présente comme un concept car au Salon de Genève, pour montrer ce que l’appellation peut faire dans quinze ans. C’est une belle façon de le dire.

@ Cognac Bache-Gabrielsen
Pour explorer la gamme Bache-Gabrielsen cognac, retrouvez notre épisode du podcast Eau-de-Vie avec Hervé Bache-Gabrielsen et Jean-Philippe Bergier.

@ Cognac Bache-Gabrielsen


