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Le Sud-Ouest. On célèbre les rouges, on encense le Malbec de Cahors, on s’extasie devant les tanins et les élevages longs, mais on a trop tendance à oublier qu’à quelques kilomètres de là, sur les causses du Quercy, des vignerons y produisent des blancs d’une finesse et d’une originalité qui méritent largement qu’on s’y attarde. Les Côtes du Lot, c’est précisément cette parenthèse inattendue : une IGP qui joue la liberté et la diversité des cépages, loin des sentiers battus et des modes.

Car ici, on ne s’ennuie pas. Le chenin côtoie le chardonnay, le grenache gris surprend là où on ne l’attendait pas, et le sauvignon se fond dans des assemblages originaux portés par des sols de calcaire et de grèzes. La Dordogne y a fait son lit au nord et le Lot serpente entre les falaises et les causses, le vent sèche les raisins en été, et les nuits fraîches préservent cette certaine acidité qui donne aux blancs du coin leur personnalité. Bienvenue dans un vignoble qui n’a pas encore dit son dernier mot.

Les Côtes du Lot

@ Lot Tourisme

Le vignoble des Côtes du Lot plonge ses racines bien plus loin qu’on ne l’imagine. La vigne est présente dans le Quercy depuis la conquête romaine, mais c’est à partir du Xème siècle, sous l’impulsion des monastères et des abbayes, qu’elle prend vraiment de l’ampleur. Au XIXème siècle, la région compte parmi les plus grands vignobles de France, avant que le phylloxéra, les deux guerres et le gel de 1956 ne réduisent tout à presque rien. C’est alors une histoire de reconstruction, portée par des générations de vignerons, qui se joue sur ces plateaux et ces coteaux : l’appellation « Vins de Pays du Lot » naît en 1968, et c’est en 2011 que l’indication géographique protégée prend son nom actuel de Côtes du Lot.

Château du Cèdre

@ Château du Cèdre

Les Côtes du Lot, c’est une palette complète : des rouges gourmands à la robe pourpre qui s’épanouissent sur un confit de canard, un cassoulet généreux ou des fromages affinés et des rosés à la couleur soutenue et aux notes fruitées, parfaits pour les terrasses d’été, en apéritif, avec des salades composées et des grillades. Mais c’est vers les blancs que notre promenade va nous emmener aujourd’hui, des vins fins, élaborés notamment à partir de chardonnay, chenin, sauvignon, sémillon ou viognier, qui accompagnent avec bonheur poissons grillés, fruits de mer, fromages de chèvre ou desserts fruités.

Château de Mercuès

@ Château de Mercuès

Notre périple commence au Château de Mercuès. Construit il y a plus de 800 ans, ancienne résidence d’été des Comtes-Évêques de Cahors et l’un des premiers Relais & Châteaux de France, le domaine étend ses 36 hectares sur les communes de Caillac et de Mercuès. C’est sur ce sol que naît Le Chenin de Mercuès, un 100% chenin certifié HVE, élevé neuf mois en barriques de 400 litres, puis ayant bénéficié d’un repos de six mois en bouteille avant sa commercialisation  : robe jaune brillante, nez floral mêlé de vanille douce et de poire, bouche fraîche et un beau potentiel de garde de cinq à dix ans. On l’imagine volontiers avec une volaille aux morilles. À retrouver directement au Château de Mercuès ou en ligne aux alentours de 25 €.

Château du Cèdre

@ Château du Cèdre

Direction les caves du Château du Cèdre, à Vire-sur-Lot, domaine connu pour ses Cahors, mais qui nous réserve ici une belle surprise avec Les Grèzes, assemblage de sauvignon blanc (50%), sémillon (40%) et muscadelle (10%), issu de vignes de 25 ans plantées sur ces cônes d’éboulis calcaires (accumulation de blocs et débris issus de falaises calcaires) qui donnent au vin sa belle colonne vertébrale minérale. Bénéficiant d’un élevage de huit mois entre cuve inox et barriques de 500 litres, on découvre une robe qui prend des reflets dorés, un qui nez dévoile des agrumes, une touche de fleur blanche et une superbe minéralité, tandis que la bouche est souple et gourmande. Un blanc de gastronomie que l’on verra très bien aux côtés d’un carpaccio de Saint-Jacques ou d’un risotto aux asperges et parmesan (miam!). À retrouver sur au domaine aux alentours de 15€.

Domaine du Prince

@ Speakeasy

Un autre univers maintenant, avec le Domaine du Prince, établi à Saint-Vincent Rive d’Olt, où la famille Jouves est installée depuis plus de trois siècles — la légende veut même qu’un ancêtre ait livré du vin au roi de France ou au Tsar de Russie, et que les villageois l’aient surnommé « Lou Prince » à son retour, un surnom qui traversa les générations jusqu’à donner son nom au domaine. Aujourd’hui, c’est Didier et Bruno Jouves qui perpétuent cet héritage, avec le jeune Léo en formation pour prendre le relais. Et si l’on cherche l’ovni de cette sélection, c’est ici qu’on le trouve : Élégante, 100% grenache gris vinifié et élevé en barrique traditionnelle, issu de jeunes vignes sur les calcaires du plateau — un cépage rare en blanc, qui joue sur la texture et la rondeur plutôt que sur l’acidité vive. À servir à l’apéritif avec des tapas méditerranéennes. Disponible directement au domaine et chez les cavistes.

Château Vincens

@ Château Vincens

Dernière étape de ce voyage, et retour vers les hauteurs : le Château Vincens, niché sur les plateaux qui culminent à 300 mètres d’altitude à l’ouest de Cahors, à Luzech, là où l’influence atlantique se mêle à une touche méditerranéenne tempérée par le vent d’autan. Philippe Vincens travaille ici avec soin 3 hectares (sur 42 hectares) de calcaire et sur lesquels poussent le chardonnay destiné à La Pierre Levée 2023 — 100% chardonnay, fermenté partiellement en cuves et partiellement en fûts de chêne français : nez fruité et intense où la pêche et les fruits exotiques dialoguent avec une touche vanillée Un chardonnay que l’on verra très bien avec des viandes blanches à la crème ou un plateau de fromages affinés. À retrouver sur www.chateauvincens.fr et chez les cavistes aux alentours de 10,50 €.

Ce qui frappe, au fond, dans cette promenade à travers les blancs des Côtes du Lot, c’est la liberté. Liberté des cépages :chenin, grenache gris, chardonnay, sauvignon, … que l’on ne s’attend pas à trouver côte à côte dans le même vignoble. Liberté des vignerons, qui expérimentent et construisent une identité blanche dans un terroir longtemps perçu comme le fief de rouges. Ces vins méritent clairement d’être découverts et partagés. Le Quercy a décidément bien d’autres histoires à raconter que celle du Malbec — et c’est tant mieux pour nous. À découvrir sans attendre !