Il y a des millésimes qui se méritent, et d’autres qui arrivent comme une évidence. L’année 2018 fait partie de la deuxième catégorie. Après la rigueur tendue du 2014 que l’on avait eu la chance de vous faire découvrir, la Maison Bollinger revient avec un millésime aux antipodes : solaire, généreux, presque insolent de maturité. Et pourtant jamais lourd.
Voilà l’exercice d’équilibriste que La Grande Année 2018 réussit avec une élégance désarmante.
2018, l’année où la Champagne a vraiment eu chaud
Retour sur le contexte. L’hiver avait été pluvieux, le printemps particulièrement doux, et la floraison s’est manifestée avec dix jours d’avance sur les moyennes habituelles. Puis, à partir de la mi-juin, la Champagne a connu un long été chaud et sec qui n’a pratiquement pas lâché jusqu’aux vendanges. Résultat : une pression phytosanitaire quasi inexistante, une récolte d’une qualité sanitaire remarquable, et un Pinot Noir qui a poussé la maturité exactement là où il fallait.
Chez Bollinger, les vendanges ont démarré le 23 août à Aÿ et Verzenay, deux Grands Crus qui constituent la colonne vertébrale de l’assemblage depuis toujours. Une récolte précoce, abondante, et des baies à la concentration impressionnante. La matière première rêvée pour une Grande Année.

L’architecture Bollinger, inchangée depuis 1829
Ce qui rend La Grande Année unique dans le paysage champenois, ce n’est pas simplement la sélection des raisins, aussi rigoureuse soit-elle. C’est la façon dont la Maison accompagne la matière dans le temps. La vinification se fait intégralement en fûts de chêne anciens (en moyenne vingt ans d’âge), une tradition rarissime en Champagne. Pour entretenir son parc de tonneaux, Bollinger est d’ailleurs la dernière Maison à employer un tonnelier à demeure. Un détail qui dit tout sur l’état d’esprit de la Maison.

Pour le 2018, l’assemblage final réunit 66% de Pinot Noir et 34% de Chardonnay, issus de 19 crus. Les Pinots Noirs de Verzenay, d’Aÿ et de Mareuil-sur-Aÿ portent la structure et la profondeur. Les Chardonnays d’Avize, Chouilly et Cuis apportent la tension, la fraîcheur, ce fil d’acidité qui empêche la générosité du millésime de déborder.

Ce que l’on trouve dans le verre
La robe est d’un jaune d’or profond, presque ambré par endroits, reflet direct de la vinification sous bois et de la maturité du millésime. Au nez, la première impression est franche et lumineuse : des agrumes éclatants, de la pomme Granny, puis, à l’aération, des fruits du verger plus mûrs, pêche blanche, abricot, mirabelle. Une amande fraîche, du miel d’acacia, une petite mie de pain chaude. Et en fond, une touche florale, la pivoine blanche qui vient signer l’ensemble.
En bouche, la structure est là, ferme et généreuse, avec ces notes de fruits compotés et de coing qui caractérisent les millésimes solaires. Mais la texture évolue progressivement vers quelque chose de plus fondu, de presque soyeux, avec une effervescence crémeuse et une longueur qui n’en finit pas. On pense à une table, à une cuisine affirmée, à ce médaillon de veau aux shiitakés ou à cette queue de homard flambée que l’on n’aura peut-être pas l’occasion de cuisiner un mardi soir ordinaire, mais dont on accepte volontiers l’idée.

La Grande Année 2018 est disponible en coffret chez les meilleurs cavistes, au prix public conseillé de 215€ TTC. La version Rosé (67% Pinot Noir, 33% Chardonnay, avec 5% de vin rouge issu de La Côte aux Enfants, parcelle monopole de la Maison à Aÿ) est également disponible à 275€ TTC.
On en avait parlé lors de notre article sur la Grande Année 2014. Si 2014 était une traversée tendue, minérale et saline, 2018 est une arrivée au soleil. Deux expressions d’une même maison, d’un même terroir, d’un même savoir-faire. Et deux bonnes raisons de ne pas choisir.

© Maison Bollinger


