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Il fut un temps où mettre la main sur un Nikka tenait de l’expédition : un caviste pointu, une boutique spécialisée, parfois une bouteille dénichée un peu par hasard. Alors voir la maison japonaise s’inviter dans les rayons de la grande distribution, forcément, ça intrigue. C’est tout l’enjeu de Nikka Frontier, la première bouteille que la maison destine directement au supermarché.

On vous emmenait déjà sur les traces de Nikka et de son fondateur Masataka Taketsuru, ce chimiste né dans une famille de producteurs de saké, parti apprendre le whisky en Écosse en 1918 avant de bâtir Yoichi sur l’île d’Hokkaidō. Près d’un siècle plus tard, la maison n’a rien perdu de son goût pour l’exploration. Frontier en est la preuve : lancé au Japon fin 2024 pour souffler les 90 bougies de Nikka, il a d’abord voyagé à l’étranger avant de poser ses valises en France. Et comme son nom le souffle, il cherche à ouvrir une porte.

Nikka distillery

© Nikka

Nikka Frontier, un blend qui n’a pas peur de la tourbe

Frontier est un blend, autrement dit un assemblage de plusieurs whiskies. Le cœur du profil vient de Yoichi, la distillerie historique battue par les vents marins d’Hokkaidō, où l’on distille des malts denses, puissants et franchement tourbés. La tourbe, c’est cette matière végétale qu’on brûle pour sécher l’orge et qui laisse ces notes fumées si reconnaissables. Ici, elle s’exprime avec profondeur. Sans jamais écraser le reste.

Pour arrondir les angles, la maison a convoqué les whiskies de grain de Miyagikyo, sa seconde distillerie, distillés dans les fameux alambics Coffey (des colonnes qui distillent en continu). Ils apportent de la rondeur, un peu de gras, ce qu’il faut pour tempérer le fumé. Le tout titre 48%, sans filtration à froid, histoire de garder la texture et les arômes intacts. Plus de la moitié de l’assemblage, c’est du malt. Bref, un whisky qui a du coffre.

Nikka Frontier

@ Nikka Whisky

Le shimenawa, un récit caché au dos de la bouteille

On pourrait s’arrêter au grand N blanc qui barre la face avant, sobre et immédiat. Mais c’est au dos que ça devient intéressant. Un motif discret orne la bouteille en relief : le shimenawa, cette corde sacrée tressée qu’on trouve dans les sanctuaires shinto. Dans la tradition, elle délimite les espaces sacrés, relie le visible et l’invisible, et symbolise la transmission d’une génération à l’autre.

Rien d’anodin pour une maison qui fait justement de la transmission son fil rouge. Une jolie façon de rappeler que dans l’esthétique japonaise, l’essentiel se retrouve souvent dans le détail, et se révèle à ceux qui prennent le temps de retourner la bouteille.

Distillerie Yoichi - Nikka au Japon

Distillerie Yoichi – Nikka au Japon

Dans le verre

Le nez joue le boisé et le fruité, avec une pointe de marmelade, un malt riche et cette touche fumée en fond. La bouche suit, onctueuse et ample, portée par une douceur de fruits mûrs qui vient adoucir l’amertume de la tourbe. La finale s’étire sur le sucré et le boisé. De quoi séduire les amateurs de fumé sans effrayer les curieux qui débutent.

© Nikka Whisky / LMDW

Pur, en highball ou en cocktail

Pur ou sur glace, Frontier se débrouille très bien tout seul. Mais sa structure fumée et fruitée appelle le mélange, et pas seulement le highball japonais (deux volumes d’eau gazeuse bien froide sur le whisky, une écorce de citron, l’affaire est réglée).

Pour finir en beauté, tentez un sour à la marmelade, clin d’œil direct aux notes du nez. Dans un shaker rempli de glace : 5cl de Nikka Frontier, 2cl de jus de citron frais, une bonne cuillère de marmelade d’orange en guise de sucre, et un blanc d’œuf. On secoue fort une première fois sans glace, une seconde avec, on filtre dans un verre, et le fumé du whisky vient répondre à l’amertume de l’agrume. Redoutable.

Comptez 24,90€ le flacon de 50cl, disponible en grande distribution.