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Dartigalongue – La vénérable Maison n’a pas encore révélé tous ses secrets, rencontre avec Benoit Hillion

Dartigalongue – La vénérable Maison n’a pas encore révélé tous ses secrets, rencontre avec Benoit Hillion

Maison Dartigalongue

Notre voyage nous emmène aujourd’hui au coeur de l’Armagnac, à la découverte de la très vénérable Maison Dartigalongue. Notre histoire commence en 1838 lorsque Pascal Dartigalongue, fils de viticulteur à Madiran s’installe à Nogaro. Celui-ci comprend très rapidement l’intérêt des eaux-de-vie et notamment le potentiel d’exportation de l’Armagnac. Si les débuts sont difficiles, les affaires prospèrent rapidement et des ventes sont déjà réalisées à l’étranger, en Belgique, en Angleterre, et aux USA. En 1870 son neveu Joseph prend sa suite et continue de développer la Maison. C’est lui par exemple qui fait construire le grand chai de vieillissement toujours utilisé aujourd’hui. La succession de générations de la famille Dartigalongue permet à la Maison de passer les différentes crises (phylloxera, guerres …) et d’imposer les Armagnac de la famille dans les plus beaux palaces parisiens. En 2010, Françoise Dartigalongue, alors à la tête de l’entreprise, convainc l’époux de sa nièce Virginie, Benoit Hillion, de prendre part à cette aventure et de perpétuer le développement de la Maison Dartigalongue. Celui-ci a accepté de répondre à nos questions et de nous en dire plus sur la Maison et ses projets.

Dartigalongue Benoit Hillion
© Dartigalongue

Comment avez-vous rejoint l’aventure Dartigalongue ?

Je suis arrivé en 2010 pour rejoindre Françoise Dartigalongue. Issue de la 5ème génération de la famille, elle a tenu la Maison avec son frère des années 1980 aux années 2010. Je ne suis pas originaire du Gers, j’ai grandi en Provence, j’ai fait des études d’ingénieurs Agronome à Paris et je travaillais chez Veolia Environnement dans le domaine du recyclage des déchets organiques. J’ai rencontré pendant mes études Virginie, qui est la nièce de Françoise, nous nous sommes mariés et nous travaillions tous les deux à Paris. Françoise qui est célibataire sans enfant nous disait qu’elle allait prendre sa retraite un jour ou l’autre et que si l’aventure Dartigalongue nous intéressait nous pouvions la rejoindre. J’avais 30 ans à cette époque, j’ai réfléchi pendant de long mois car ce n’est pas évident de quitter son travail et de changer d’univers. Je me suis renseigné à droite à gauche, je suis allé à Vinexpo, …  Certaines personnes m’incitaient à franchir le pas, me disant que l’Armagnac était un superbe produit et que j’avais une véritable histoire à raconter sur la famille. J’ai donc fini par écouter ceux qui me disaient que si je n’essayais pas maintenant je ne le ferais jamais et j’ai décidé de me lancer. J’ai eu la chance aussi que mon patron à l’époque me donne deux ans de congés sans solde. J’avais donc l’opportunité de me lancer dans l’aventure en me disant que si cela ne me plaisait pas ou si cela ne marchait pas je pouvais toujours me retourner. Ça c’était en mai 2010.

Et aujourd’hui nous sommes en 2020 et vous êtes toujours là…

En effet, je suis retourné voir mon patron deux ans plus tard avec une bouteille d’Armagnac en le remerciant. Ensuite il a fallu se former. Cela a été très dur au début car il fallait intégrer une énorme quantité d’informations, il fallait passer d’une grosse entreprise à une TPE, évoluer d’un rôle de spécialiste et d’agronome à un rôle de couteau suisse et se mettre à faire du commercial ce que je faisais peu avant. Cela a été dur mais Françoise Dartigalongue était très contente que je vienne, très motivée. Elle a œuvré toute sa vie pour l’Armagnac. Elle est passionnante et m’a appris énormément, rapidement. Le maître de chai était lui aussi très content que je vienne, pour pouvoir partager et continuer d’avancer. J’ai été très bien reçu. Je me suis vite attelé à ce nouveau challenge. Aujourd’hui je suis complètement passionné par l’Armagnac et je me verrais mal faire autre chose.

Dartigalongue armagnac
© Dartigalongue

Et quel était votre rapport aux spiritueux et à l’Armagnac avant cette nouvelle aventure ?

J’avais essentiellement un rapport au milieu viticole et au vin car en Provence d’où je viens nous avions pas mal de vin et mon père était un amateur de vin, mais les spiritueux j’en buvait très peu. J’ai vraiment démarré de zéro mais avec un côté très épicurien : j’aimais le vin, j’aimais bien manger et cuisiner et donc c’est venu assez simplement. J’ai été formé au monde des eaux-de-vie, j’ai participé à des voyages avec le syndicat de l’Armagnac et j’ai ainsi pu apprendre énormément et rattraper le temps. Par ailleurs Virginie, mon épouse, m’a rejoint depuis quelques mois pour que nous continuions à progresser.

Aujourd’hui quel est le rapport des français avec l’Armagnac ?

Aujourd’hui il y a surtout un côté respectueux vis à vis de l’Armagnac, mais trop respectueux. C’est à dire que l’on n’ose pas ouvrir l’Armagnac et que l’on attend toujours des événements spéciaux. Alors qu’une bouteille de rhum ou de whisky on va la déguster beaucoup plus rapidement sans forcément attendre un moment particulier. Nous essayons d’y travailler en faisant des gammes qui cassent un peu ces codes. Le whisky a fait un gros travail dans ce sens-là. Le rhum depuis quatre ans monte en flèche notamment grâce à quelques marques pionnières qui ont fait un travail de fond depuis dix ans. Le positif c’est que l’on n’a jamais eu autant de consommateurs de spiritueux qualitatifs depuis plusieurs années : il n’y a qu’à voir le rayon spiritueux des cavistes qui s’est agrandi. L’Armagnac va forcément en bénéficier un jour ou l’autre. Nous avons toujours ce côté très artisanal et à taille humaine. En Armagnac il n’y a pas de pionnier avec de gros moyens qui va dépoussiérer ces marchés et qui va faire en sorte que nos produits touchent plus de monde. Cependant il y a un retour aux valeurs humaines, au produit authentique et craft, ce que l’on a dans l’Armagnac. Nous faisons de bons produits. Je pense maintenant qu’il faut que nous arrivions à créer des produits lisibles, reconnaissables  sur l’étagère et que l’on a envie de découvrir.

Dardigalongue Chai
© Dartigalongue

C’est pour cela que vous avez décidé de lancer une gamme dédiée aux cocktails ?

Tous les spiritueux sont présents dans le monde du bar mais l’Armagnac a du mal à trouver sa place. Notamment puisqu’aucune recette classique n’utilise le mot Armagnac. On a, certes, plusieurs recettes qui utilisent le mot Brandy mais celui-ci a souvent été remplacé par la suite par le Cognac. J’ai essayé depuis plusieurs années de démarcher les barmens avec ma gamme classique et à force d’échanger avec eux j’ai fait le constat que notre gamme classique n’était pas forcément la plus pertinente en cocktails, notamment parce que notre Armagnac étant à 40 degrés il est vite noyé par le froid, la glace, … Et parce que les barmans auxquels nous nous adressons aiment bien les produits entiers, qui partent dans une seule direction, avec de l’intensité et du caractère. Partant de ce constat nous nous sommes mis à chercher ce que nous pouvions proposer… Et nous avons décidé de remettre en avant la Blanche Armagnac. Non vieilli, incolore et très aromatique c’est un produit qui permet de twister tous les cocktails à base de gin, vodka, rhum blanc, … Ensuite nous sommes allés chercher un Armagnac jeune et nous avons dégusté des eaux de vie dans nos chais secs, sous les toits. Habituellement nos Armagnacs sont transférés des chais secs vers nos chais humides, au sol, pour leur apporter un peu de rondeur. Là nous étions face à un produit droit, très intense, très épicé, avec encore du fruit, très intéressant à utiliser en cocktails tout en gardant la typicité de l’Armagnac. Nous avons donc lancé cette gamme en septembre 2019 autour de deux références : Un-Oaked et Dry-Cellar.

Dartigalongue cocktail un-oaked dry cellar
© Dartigalongue

Et vous avez donc fait déguster ces nouveautés aux barmans ?

Effectivement, et nous avons eu un très bon retour. Nous réfléchissons donc avec le maitre de chai à agrandir cette gamme, toujours dans l’idée de partir avec des produits avec beaucoup d’intensité. Il ne faut pas être dans la demi-mesure, il faut aller dans une direction et mettre en avant à chaque fois la typicité d’un de nos chais, d’un cépage, d’un fût de chêne, et ce afin d’avoir des cuvées très lisibles. Nous pouvons ainsi proposer des produits à un prix abordable aux particuliers afin qu’eux aussi se fassent plaisir.

Nous avions peur que cette nouvelle gamme vienne un peu dénaturer notre image. En fait cela a fait l’effet inverse, celui de prouver qu’une Maison familiale, historique, est justement assez moderne pour aller sur des terrains nouveaux. Nous nous éclatons à en parler et nous profitons vraiment de l’Armagnac en forme de cocktails.

Et que pouvons-nous attendre pour la suite ?

En ce moment nous profitons du confinement dans les chais pour déguster, pour observer l’évolution de plusieurs essais originaux sur des vieillissements lancés il y a quelques années. Nous sommes en train d’affiner tout ça et il nous tarde vraiment de pouvoir en parler. Des produits très intéressants vont arriver. Et puis il y a aussi un autre projet qui nous tient à cœur : nous avons des partenariats avec des viticulteurs et certains ont une production en Bio depuis quelques années. Nous avons des eaux de vie qui viennent de chez eux actuellement en vieillissement. Nous sommes très contents de pouvoir sortir un assemblage d’Armagnac Bio. Il aura un style aromatique et un encépagement différents et des types de fûts de chêne dédiés. Ceci afin aller dans un univers un peu différent de notre gamme classique. Il devrait sortir d’ici un an…

Dartigalongue photo chai
© Dartigalongue

Merci à Benoit d’avoir accepté de répondre à nos questions, bon courage pour la suite de l’aventure !

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