Il y a des collaborations qui ressemblent à des évidences, et c’est précisément là que ça devient intéressant. Quand Distilleries et Domaines de Provence s’associe au Moulin Rouge pour une édition exclusive de Grande Absente, ce n’est pas deux logos qui se serrent la main. C’est une histoire que Montmartre avait commencé à écrire il y a cent trente ans.
Toulouse-Lautrec avait une longueur d’avance
Montmartre, 1890. Les nuits flamboyaient de can-can, de poudre de riz et de vapeurs vertes. Toulouse-Lautrec, installé à sa table habituelle, croquait danseuses et noctambules avec un verre de liqueur verte à portée de main — forcément. L’absinthe n’était pas un accessoire de la scène, elle en était l’atmosphère même : la promesse de débordement et de liberté qui faisait l’âme du cabaret. Dire que Grande Absente s’inscrit dans cette histoire, c’est donc bien plus qu’un argument marketing. C’est une restitution.

@ Jakobsson & Zillen
Forcalquier, maison mère de la fée
Derrière Grande Absente, il y a une maison fondée en 1898 à Forcalquier, dans les Alpes-de-Haute-Provence : Distilleries et Domaines de Provence. Elle peut revendiquer un titre que peu contestent, celui d’avoir produit la première absinthe française légale après la réautorisation de 1999. Cent ans de prohibition, et c’est elle qui remet les pendules à l’heure.
Antoine Robert dirige la maison depuis 2024, après quatre décennies de règne paternel. Mais ce n’est pas une marque construite pour l’occasion. Le champ d’absinthe est en propriété. Le thym sauvage et les baies de genévrier sont cueillis à la main. Les alambics tournent à Forcalquier depuis des générations. Ce n’est pas de l’arôme de Provence, c’est la Provence.

Alambics Distilleries et Domaines de Provence @ Remy Cortin
Une bouteille pour minuit à Paris
L’édition exclusive se présente en 1 litre à 69°. Format généreux, degré assumé. La robe vert clair aux reflets jaunes annonce ce que le nez confirme : intense, complexe, avec ce caractère herbacé et légèrement camphré propre aux absinthes bien construites. En bouche, la grande absinthe domine avec élégance, relevée par des notes de menthe et d’anis étoilé. C’est une absinthe qui dit ce qu’elle est. Pas de fioriture. La bouteille, elle, raconte le reste : une scène nocturne parisienne illustrée à l’ancienne : Tour Eiffel, pleine lune, ailes du moulin sous les étoiles, et titrée Minuit à Paris. Un objet autant qu’un spiritueux.

@ Moulin Rouge / Distilleries et Domaines de Provence
Le rituel de la fée verte
L’absinthe ne se boit pas comme n’importe quel spiritueux. Il y a un protocole, presque une cérémonie, et c’est une bonne partie de son charme. La méthode traditionnelle : on verse la Grande Absente dans un verre, on pose dessus une cuillère ajourée (la fameuse cuillère à absinthe, plate et percée de petits trous), on y place un morceau de sucre, et on laisse couler l’eau fraîche sur le sucre, goutte à goutte, jusqu’à atteindre 3 à 5 volumes d’eau pour 1 volume d’absinthe. C’est à ce moment que se produit le louche : la liqueur limpide se trouble, vire au blanc laiteux opalescent, comme un nuage qui se forme dans le verre. Un petit miracle de chimie : les huiles essentielles de l’absinthe, solubles dans l’alcool pur, se séparent au contact de l’eau et diffractent la lumière. Magique, et parfaitement reproductible chez soi. Sans sucre, c’est aussi très bien. Tout dépend de la sensibilité à l’amertume.

@ Jakobsson & Zillen
Death in the Afternoon : quand Hemingway s’en mêle
Il y a un deuxième rituel, moins zen, plus littéraire. En 1935, Ernest Hemingway contribuait à un recueil de recettes de célébrités intitulé So Red the Nose avec une formule lapidaire : verser un jigger d’absinthe dans une flûte à champagne, compléter avec du champagne bien frais jusqu’à obtenir « la bonne opacité laiteuse ». Boire trois à cinq de ces verres lentement.
Le cocktail s’appelle Death in the Afternoon – le titre de son roman sur la corrida, publié trois ans plus tôt. Deux ingrédients, zéro chichis, et un louche spectaculaire au moment où les bulles rencontrent l’absinthe. La Grande Absente Moulin Rouge, avec ses notes d’anis étoilé et de menthe, est faite pour ça : l’anisé épouse naturellement le fruité du champagne, et le degré de l’absinthe (69°) se fond sans brutalité dans l’effervescence. La recette : 3 cl de Grande Absente Moulin Rouge dans une flûte, compléter doucement avec un champagne brut bien froid. Regarder « le louche » opérer. Ne pas presser.
Cette édition limitée Grande Absente x Moulin Rouge est disponible depuis le 12 mars au prix de 69,90 € sur la boutique en ligne de Distilleries et Domaines de Provence et chez une sélection de revendeurs spécialisés.


