C’est l’une des belles histoires de la création de spiritueux en France ces dernières années, et pourtant elle reste encore assez discrète. Celle de Michaël Barbaria, fondateur de Swell de Spirit, qui a lancé en 2025 une liqueur de fruits et rhum baptisée Barbarigo. Un nom chargé de souvenirs, une recette ancrée dans les vergers du Périgord, et une vision très artisanale de ce que peut être une liqueur gourmande aujourd’hui.
Michaël, on le connaît surtout pour Swell de Spirit, la structure d’embouteillage qu’il a créée en 2021 avec sa femme Kelly, et qui s’est rapidement fait un nom dans l’univers des spiritueux pointus : single casks, petits batchs, sélections soignées. Mais Barbarigo, c’est autre chose. C’est un projet plus personnel, plus ancré, qui s’est construit dans le temps au contact du terrain.

@ Barbarigo
Des vergers du Périgord à la distillerie de Saint-Domingue
Tout a commencé par des journées entières passées avec des bouilleurs de cru, ces distillateurs ambulants qui travaillent avec les fruits de leur territoire, les saisons, le vivant. Dans le Lot-et-Garonne, en Ariège, dans les vergers du sud-ouest. « On comprend leur rapport à la matière première et au temps », raconte Michaël. Et c’est là que l’idée germe : travailler des bases d’eau de vie de fruits, y ajouter de la macération du même fruit, puis assembler avec un rhum de mélasse vieilli sous bois pour apporter chaleur et structure.
Pour la poire Williams, qui est le coeur de la première recette, Michaël est mis en contact avec Jacques Gatinelle, de la distillerie de la Salamandre, située à Sarlat sur les hauteurs du Périgord. Un coup de coeur. La distillerie travaille avec des équipements anciens, des alambics du début du siècle dernier, une colonne de rectification et un condenseur qui préservent toute l’expression aromatique du fruit sans jamais la dénaturer. Et au-delà de la technique, une relation humaine s’est construite. Jacques vient de passer le flambeau à sa fille Aude et sa nièce Julie, fin mars. La continuité est assurée.
La recette Barbarigo, c’est donc une eau de vie de poire Williams, une macération du même fruit dans de l’alcool neutre pendant plusieurs semaines, et un rhum de mélasse vieilli sous bois. Tout ça assemblé avec précision, équilibriste dirait Michaël, pour que la poire reste au centre sans jamais disparaître derrière le rhum. Au nez, la poire fraîche et mûre, avec quelques notes caramélisées qui évoquent la pâtisserie. En bouche, une texture souple et une belle continuité. La finale est longue, légèrement épicée, avec une gourmandise qui donne envie de reprendre une gorgée.

@ Barbarigo
Un nom, une rivière, une mémoire familiale
Barbarigo ne doit pas grand chose au hasard. C’est le nom d’une rivière du Frioul, en Italie, celle où grandissait le grand-père de Michaël, Marco, avant d’immigrer en France. En souvenir de cette rivière, il surnommait affectueusement son fils Barbarigo. Ce surnom est devenu avec le temps un symbole familial, le lien entre les racines italiennes et l’ancrage en France. Donner ce nom à la liqueur, c’est une façon de raconter cette histoire, de la faire vivre dans chaque bouteille.
Car Barbarigo, c’est ça aussi : une liqueur qui porte une mémoire. Les poires grappillées dans le jardin des grands-parents en Ariège, les road trips en Renault 11 depuis le sud-ouest jusqu’au Frioul, les grandes tablées en famille. Tout ça infuse, sans s’afficher, dans la façon dont le projet a été pensé.

@ Barbarigo
Batchs, abricots et édition en fût
La gamme fonctionne par batchs annuels. Le batch numéro 1, sorti à l’été 2025, était élaboré avec les poires de la récolte 2024. Le batch numéro 2, tout juste mis en bouteille, travaille avec les poires 2025. D’une année à l’autre, la recette reste la même mais les caractéristiques du fruit évoluent légèrement selon les conditions climatiques. C’est ce que Michaël appelle, avec une pointe de fierté, le côté artisanal de la chose.
Une seconde recette vient d’ailleurs de rejoindre la gamme : une liqueur à l’abricot, élaborée avec des fruits récoltés fin juillet dans le Périgord, à pleine maturité. Eau de vie d’abricot, macération du même fruit pendant presque deux mois, rhum. Le résultat est plus confituré, plus gourmand, tout en gardant de la fraîcheur. Et en parallèle, une édition limitée en fût est prévue une fois tous les deux ans, volontairement confidentielle et en quantités très restreintes.
Pour la dégustation, les usages sont nombreux. Pur, bien frais, dans un verre légèrement givré. En tonique, de préférence avec un Cardinal Tonique selon Michaël, qui signe l’accord maison. En spritz avec un prosecco ou un crémant, parfait à l’apéritif. Ou en cocktail plus élaboré, avec du ginger beer par exemple. Et si on veut l’accord parfait selon Michaël lui-même : un verre de Barbarigo poire et rhum bien froid, face à un tiramisu au chocolat. On ne demande qu’à essayer.
Barbarigo est disponible en France via le distributeur Premium Crafts Spirits, dans le réseau V&B et chez de nombreux cavistes partenaires à travers le pays. Autour de 25 degrés, c’est une entrée en matière très accessible pour découvrir ce que peut donner une liqueur de fruits artisanale, bien pensée et profondément humaine.
Et pour prolonger cette découverte, direction le podcast avec un nouvel épisode.


