Une histoire de famille, de hasard et d’obstination
Tout commence avec Jean, son père. Né à Paris, enfant de l’assistance publique placé dans le Morvan, Jean Grosperrin n’est pas issu du monde du cognac. Il a été ouvrier agricole, berger, tondeur de moutons, distillateur ambulant en Haute-Marne. C’est en sillonnant les fermes avec ses alambics que naît sa passion pour la distillation. À la fin des années 1980, il passe son bac avec le CNED, obtient un BTS viticole à Montpellier, puis traverse la France en famille pour rejoindre Cognac, sans vraiment savoir ce qui l’y attend. La ville, se souvient Guilhem, lui avait paru grise à son arrivée — ses murs noircis par les champignons de chai lui rappelaient les villes minières qu’il avait lues dans les livres.
Jean travaille d’abord comme chaudronnier-distillateur, puis comme courtier de campagne, parcourant le territoire à la recherche d’eaux-de-vie pour le compte des négociants. En 1999, une idée s’impose : pourquoi ne pas embouteiller quelques cognacs lui-même, comme on propose des échantillons à des cavistes ? Cinq références au départ, vendues sur les marchés, sans assemblage, sans artifice. C’est là que tout commence. Et c’est encore inscrit sur les étiquettes aujourd’hui : courtier collectionneur.

@ Cognac Grosperrin
Guilhem, lui, grandit entre les alambics de son père et les études littéraires. Il passe par l’Institut d’études théâtrales de la Sorbonne Nouvelle, s’inscrit en thèse, puis bifurque vers le journalisme, les relations internationales, une école de commerce. Un parcours en zigzag qui lui a forgé une conviction : ce qui intéresse les gens, ce sont les histoires. Celles qui font le lien avec leur propre humanité. Le cognac, dit-il, a ce pouvoir-là. En 2004, quand son père tombe malade et que l’entreprise vacille, il reprend tout — un salarié, un déficit, presque pas de stock — et décide d’y aller.
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Un savoir-faire ancré dans le terroir et le temps long
Ce qui distingue Grosperrin des autres maisons, c’est d’abord une philosophie radicale : aucun adjuvant. Ni sucre, ni caramel, ni boisé liquide. Là où la réglementation autorise jusqu’à 4 % d’obscuration, les cognacs Grosperrin affichent des taux naturellement infimes. Cela impose une exigence absolue à chaque étape — de la sélection des eaux-de-vie jusqu’à leur réduction en fût. Une eau-de-vie trop puissante, mal accompagnée dans son élevage, sera écartée même si elle est techniquement réussie. Guilhem cherche l’équilibre et la complétude : quelque chose de bon à boire, avec du relief, mais sans artifice.

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La région de Cognac s’étend sur six crus — Grande Champagne, Petite Champagne, Borderies, Fins Bois, Bons Bois, Bois Ordinaires — et Guilhem est l’un des rares à tous les travailler. Les Borderies dévoilent leurs arômes de violette, issus des silex des hauteurs. Les Fins Bois révèlent, après trente à quarante ans de fût, des notes pâtissières presque maltées. Certains cognacs des îles portent en eux une légère salinité, héritage direct du sol d’Oléron. C’est cette diversité que Guilhem considère comme la grande chance du négociant-éleveur — et qu’il cultive avec patience.
Les eaux-de-vie sont élevées dans des fûts de grain fin, vieillis au fil du temps entre plusieurs chais aux caractères bien distincts : un chai humide à Chermignac, un chai semi-enterré en bord de Charente à Saintes — inondable certaines années — et des entrepôts à l’Oréco pour les volumes. Ce parcours entre les espaces façonne le profil de chaque eau-de-vie sur des décennies. Guilhem s’en occupe comme d’un accompagnement, non d’une production.

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Des fûts qui portent la mémoire des hommes
Ce qui touche profondément dans l’approche Grosperrin, c’est la dimension humaine que Guilhem insuffle à chaque bouteille. Son père lui disait : quand on entre dans une propriété, il suffit de regarder la tête du viticulteur pour deviner la qualité de l’eau-de-vie. Le terroir, c’est aussi une façon d’être, une façon de travailler, une façon de traverser les épreuves.
Le 1980 Fin Bois en est l’illustration la plus directe. Il provient d’une exploitation fondée après le phylloxéra par des Vendéens venus acheter des terres à bas prix dans une Charente sinistrée — la région était passée de 150 000 à 15 000 hectares en quelques décennies. Des gens sans argent, créatifs, habitués à partager les machines agricoles et à encaisser les coups durs. L’eau-de-vie reflète l’année : des vendanges en moufles, des températures négatives en septembre 1980, des vins végétaux et tendus. Elle porte, selon Guilhem, le goût de la galère — jusqu’au bout.

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Le 71 Petite Champagne raconte une autre histoire, d’une autre nature encore. Elle provient des vignes d’André Bertando, jeune résistant charentais déporté à Buchenwald, revenu seul en 1945 après avoir attendu sur les quais de gare une fiancée qui ne rentrera jamais. Toute sa vie, il a témoigné dans les écoles contre l’extrémisme et la barbarie, donné les profits de sa propriété à des ONG. À sa mort en 2016, il a légué ses vignes et ses fûts — des millésimes 1969 à 1975 — à Médecins du Monde et Action contre la Faim. Guilhem a acquis les 1971 et les 1973 aux enchères. Cette eau-de-vie est puissante, longue, profonde. Comment pourrait-il en être autrement ?
La gamme Grosperrin s’articule autour de millésimes certifiés, d’une ligne Héritage portant des numéros évocateurs, et de Cépage — un VSOP atypique issu d’un assemblage en brouillis de folle blanche, colombard et ugni blanc, travaillé depuis plus de treize ans avec un viticulteur partenaire. Et dans les chais de Saintes, en bonbonne, repose encore un cognac de 1810. Long en bouche, fin, hors du temps.
Les cognacs Grosperrin sont disponibles chez les cavistes spécialisés en France et à l’international, en quantités limitées. Pour ceux qui cherchent un cognac sans fard, ancré dans son terroir et dans la mémoire des hommes qui l’ont fait naître, c’est une adresse qui mérite d’être connue.

@ Cognac Grosperrin
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